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OFP-171

L'Assemblée

Confidentiel Mis à jour: 21.01.2023 Canton de Neuchâtel Entité Composite Hostile Rédigé par @lux

OFP171 Automaten von Jaquet Droz, schreibende Puppe. Source: Willy Pragher. CCBY4.0

Description

OFP-171 désigne une série de disparitions et de manifestations sonores survenues dans les zones urbaines et péri-industrielles de la ville de Neuchâtel. Les faits se concentrent la nuit, dans les secteurs désaffectés : friches, sous-sols, canalisations, voies et bâtiments hors d’usage.

Depuis la première consignation, l’Office relève un même schéma. Une personne se trouve seule, ou presque, dans un lieu que la ville n’utilise plus. Des sons sont entendus: d’abord un bruit mécanique, puis une mélodie. La personne disparaît. Lorsqu’un corps est retrouvé, il l’est dans un état de dégradation avancé. l’Office note seulement que la matière organique récupérée sur les sites présente les mêmes traces que celles laissées par un mécanisme lubrifié.

Trois constantes accompagnent les faits :

  • une huile noire, épaisse, non identifiée, retrouvée en traînées et en flaques ;
  • un bruit d’horlogerie — déclic, rouage, ressort — signalé avant toute autre manifestation ;
  • une mélodie, décrite comme celle d’une boîte à musique, lente, incomplète, jouée légèrement trop bas.

Les témoignages recueillis évoquent une présence : quelque chose de mobile, de grande taille, qui se déplace mal et se déplace quand même. L’Office retient l’hypothèse d’une entité unique, récurrente. Sa nature n’a pu être établie à partir des seuls faits consignés dans cette section. Les éléments de description figurent aux rubriques Observations et Témoignages.

Historique

Au XVIIIᵉ siècle, la Principauté de Neuchâtel abrite l’un des plus grands maîtres automatiers de l’histoire : Pierre Jaquet-Droz. Avec son fils Henri-Louis et leur associé Jean-Frédéric Leschot, il construit des automates d’une complexité inégalée. Trois d’entre eux, L’Écrivain, La Musicienne et Le Dessinateur, sont aujourd’hui conservés et opérationnels au Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel.

L’Écrivain contient six mille pièces. Il possède une mémoire mécanique programmable. Ses yeux suivent la plume. On raconte que, de son vivant, Jaquet-Droz fut accusé de sorcellerie, tant ses figures paraissaient vivantes.

Pour trois automates achevés, il y eut des dizaines de tentatives. Des essais ratés, des mécanismes abandonnés, des figures jugées défectueuses, incomplètes, ou simplement trop coûteuses à parfaire. Les pièces n’étaient pas détruites, car le laiton et l’acier valaient trop cher. Elles étaient démontées, remisées, réutilisées, dispersées dans les ateliers de la région, puis oubliées à mesure que l’horlogerie neuchâteloise se déplaçait, se mécanisait, s’industrialisait, et finissait par quitter les vallons où elle était née.

L’Office avance l’hypothèse suivante, qu’il ne peut établir : un automate jugé raté ne l’est peut-être pas entièrement. Il se peut qu’une figure inachevée conserve une part de ce pour quoi elle a été conçue ; l’intention, sinon la fonction. Et il se peut que ces parts, longtemps dispersées, aient mis deux siècles à se retrouver.

Les rares pièces recueillies sur les sites d’incident (un fragment de came, une main de laiton articulée, l’éclat d’un visage en bois peint) sont toutes d’origine ancienne. Aucune ne provient d’un même automate connu.

Serrières, où l’entité fut consignée pour la première fois, fut l’un des plus anciens foyers industriels du canton. Moulins, forges, papeteries, fabrique de chocolat. La production y a cessé dans les années 1990. Le quartier est aujourd’hui en cours de réaffectation.

L’Office relève, sans commentaire, que l’entité privilégie les lieux que la ville a oubliés.

@katjes: @lux, ce genre de commentaire n’a pas sa place. à réviser, STP

Observations

Les manifestations consignées sont partielles. Aucun témoin n’a fourni de description complète de l’entité et n’est resté disponible pour un second entretien.

  • Obs. 171-04. Un employé de la voirie signale, sous la ville, une mélodie « qui venait des murs ». Il décrit un air enfantin, ralenti. Aucune source électrique dans le secteur. L’enregistrement qu’il a tenté de réaliser ne contient que le bruit de sa propre respiration.

  • Obs. 171-09. Deux riverains rue des Usines rapportent une silhouette haute, « qui bougeait par à-coups », adossée à un bâtiment désaffecté. Interrogés séparément, l’un parle d’un homme, l’autre « de plusieurs ». Les deux mentionnent l’odeur d’huile. L’un ajoute que la silhouette « avait trop de bras » ; il n’a pas souhaité préciser.

  • Obs. 171-13. Traces d’huile noire relevées sur 400 mètres le long d’une canalisation, s’interrompant net à une grille scellée. La grille n’a pas été forcée. Les traces reprennent de l’autre côté.

  • Obs. 171-16. Un promeneur nocturne décrit avoir entendu « des applaudissements » dans une friche. En s’approchant, il constate qu’il s’agit d’un seul bruit, répété : celui de pièces métalliques s’entrechoquant. Il ne s’est pas approché davantage.

Témoignage

Le témoignage suivant est le plus complet obtenu à ce jour. Le sujet (M., 16 ans) a été entendu en présence d’un représentant légal. Les propos sont retranscrits sans correction.

Témoignage de M████████████████████

On y allait souvent, avec Kévin. Derrière les vieux bâtiments, vers la rue des Usines, là où c’est tout vide maintenant. Y’a des grillages mais ils sont défoncés. Personne vient jamais. C’est pour ça qu’on aimait bien. On était tranquilles. On fumait, on parlait, on faisait rien. C’était notre coin.

Ce soir-là il faisait pas froid. On était assis sur les palettes, contre le mur du grand bâtiment avec les fenêtres cassées. Vers onze heures ou minuit, je pense. Y’avait pas un bruit. C’est un endroit où y’a jamais de bruit, c’est ça qui est bien.

C’est là que j’ai entendu la musique.

Au début j’ai rien dit parce que je pensais que c’était Kévin, son téléphone. Une petite musique toute fine, aiguë. Comme les boîtes qu’on ouvre quand on est p’tit, avec la ballerine qui tourne. Vous savez ? Sauf que c’était lent. Ça traînait. Comme quand les piles sont presque mortes et que le son descend, qu’il devient grave, et un peu moche.

J’ai dit à Kévin d’arrêter. Il m’a regardé, il a dit que c’était pas lui. La musique elle continuait. Et elle s’approchait.

Kévin il s’est marré un peu pour faire le malin. Il s’est levé et il a crié un truc dans le noir, genre « ouais c’est ça, viens ».

Et il a plus rien dit après ça. C’est là que ça a changé. Je sais pas comment expliquer. L’air. Y’avait une odeur. Du gras, de l’huile, un truc de moteur, de garage. Fort. Et le bruit de la musique il s’est arrêté et à la place y’a eu autre chose. Un cliquetis. Des rouages. Beaucoup de rouages, qui tournaient ensemble, pas pareil.

Moi j’ai couru. J’ai pas réfléchi, j’ai couru. J’ai pas attendu Kévin, et ça je vais le porter toute ma vie, mais j’ai couru.

Là-bas c’est un labyrinthe. Des couloirs entre les bâtiments, des vieux passages, des trucs à moitié écroulés, des portes qui donnent sur rien. On connaissait par cœur et d’un coup je connaissais plus rien. Je tournais, je me cognais, je savais plus de quel côté était la route. Et derrière moi j’entendais. Pas des pas. Des rouages. Comme une montre, mais énorme, comme si toute une horloge me courait après.

Je me suis retourné une fois. Une seule fois…

C’était immense. Plus grand qu’un homme, beaucoup plus. Ça brillait par endroits, du métal, mais c’était surtout noir, sale, couvert d’huile qui coulait par terre en filet. Et c’était fait de… de morceaux. Des petits bras. Plein de bras qui bougeaient pas ensemble, qui partaient dans tous les sens. Et des têtes. Des têtes de poupées, des vieilles, en bois, avec la peinture partie, qui se tournaient chacune de son côté. Y’avait des roues qui tournaient à l’intérieur, dans le ventre, je voyais les dents des engrenages bouger dans le noir.

Et ça tenait Kévin par la jambe. Il était par terre, sur le dos, et ça le tirait en arrière, tout doucement, sans forcer, comme si ça avait tout son temps. Il glissait dans le noir entre deux murs. Et pendant qu’il glissait, la musique elle a recommencé. Douce. Comme avant.

Mais il ne criait pas. C’est ça que qui me réveille la nuit. Kevin criait pas. Il ne se débattait même pas. Il regardait le ciel et il se laissait tirer. Comme s’il était déjà plus là.

Je me suis barré. Je suis arrivé sur la route et j’ai sorti mon téléphone pour appeler les secours.

Ils ne l’ont pas retrouvé. Ils m’ont dit qu’ils cherchaient. Je ne crois pas qu’ils cherchent. J’ai vu leurs têtes quand j’ai raconté tout ça, j’ai vu comment ils se regardaient entre eux. Ils me croient pas, ou ils veulent pas. Alors ils ont écrit « fugue » et ils sont rentrés chez eux.

Mais moi je sais ce que j’ai vu. Et je sais que ça l’a pas mangé pour manger. Je sais pas comment dire ça. C’était pas de la faim. C’était… il lui fallait quelque chose. Comme s’il en avait besoin pour continuer. Pour tourner.

Le sujet a fourni une description cohérente avec les éléments matériels recueillis. Aucun corps n’a été retrouvé. Le dossier de disparition est traité, à ce jour, comme une fugue.

Recommandations & Mesures

  • Mesure 1 (demandée). L’OFP recommande le bouclage nocturne des zones péri-industrielles de Serrières et des secteurs désaffectés adjacents, ainsi qu’une inspection intégrale du réseau de canalisations sous la ville basse.

  • Mesure 2 (demandée). L’OFP recommande l’affectation d’une équipe cantonale permanente au dossier.

État des demandes. Les mesures 1 et 2 ont été transmises aux autorités cantonales le mois dernier. Elles n’ont pas reçu de réponse. La période électorale approchant, les services concernés sont, selon la formule qui nous a été communiquée, « difficilement joignables jusqu’à l’issue du scrutin ».

Mesures effectivement mises en œuvre. En l’absence de réponse, l’Office a procédé, sur ses fonds propres, à :

  • l’impression de 200 affiches invitant la population à éviter les friches de Serrières après la tombée de la nuit ;
  • une campagne d’information en ligne, dont la portée demeure, à ce stade, limitée.

Addendum OFP-171-a

Depuis le début des incidents, le personnel du Musée d’art et d’histoire signale un comportement inhabituel des trois automates Jaquet-Droz.

En effet, les lendemains de disparitions (et uniquement ces jours-là) L’Écrivain est retrouvé au matin, la plume levée, le regard baissé vers la feuille, comme au terme d’un texte. La feuille est vierge. Le mécanisme est à l’arrêt, sa séquence achevée. Le personnel insiste que l’automate n’était pas programmé pour fonctionner ces nuits-là.

L’Office recommande que les trois automates fassent l’objet d’une observation rapprochée et continue. Ils sont, à ce jour, peut-être nos meilleurs témoins.

(INTERNE)

@lux: mais, évidemment, rien ne va se faire! c’est fou comme on se casse le ████ pour que les gens foutent rien.

@didi: rohlala, t’es négative, dis ! lolll

@stef: quelques racailles en moins. tant pis quoi.

@lux: t’es vraiment horrible.

@pati: soyez gentilles, les deux!

@didi: lollllll

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